Flashback
Parfois il me revient des images du passé. Ces images qui réapparaissent me font réfléchir et me donnent de l’espoir quand je parle avec mes gamins. Je me revois à leur âge, des étoiles plein les yeux en découvrant Londres avec ma tante et son boyfriend, je ressens encore ce sentiment de liberté intense qui émanaient d’eux et cette envie de le vivre moi aussi. Je me rappelle exactement m’être dit que ma vie serait dans un pays anglophone, dans un de ces pays où on peut être soi-même et se foutre du monde entier. Je revois les images du clip Bitter Sweet Symphony et je m’imagine, un jour, faire partie de ces gens qui peuvent être eux-mêmes, vivre ce qu'ils sont. À 10 ans, je ne pensais pas à la précarité de l'emploi, au chomage ou au manque d'évolution possible en France. Je voyais seulement avec mes yeux de petite fille que là-bàs c'était différent. Tellement différent que je n'ai jamais pu oublier cette sensation. 8 ans plus tard, je remontais la rue de Finsbury Park, écoutant The Verve en ressentant enfin cette effrayante liberté dont je ne pourrai jamais plus me passer. Je ne l'avais donc pas imaginé, je ne l'avais pas déformée, elle existait vraiment.
Souvent aujourd’hui, on me souffle que j’ai du courage de partir vivre aussi loin, de me lancer dans autant de choses inconnues. Je me demande, moi, si c’est réellement un choix ou plutôt un besoin de trouver ma propre place. Je revois le visage de la conseillère d’orientation lorsque j’ai répondu avec précision à sa question. Devant mon souhait, en 6ème, de partir enseigner le français au Canada, elle répondra implacablement qu’avec mes notes en dictée je ferais mieux de trouver une autre idée. Il y en a eu d’autres, des regards étonnés, des regards incrédules, des visages surpris, lorsque j’avouais mes futurs projets du haut de mon mètre 40 avec ma tête de petite fille. Je n’en veux à personne. Je mesure seulement la chance que j’ai eue d’avoir des parents qui m’ont fait voir le monde et d’avoir eu une tante qui m’a fait rêver en anglais d’une autre vie. J’en avais besoin.
